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Découverte de l'Anatolie du Nord-Est par La Bougeotte et Carabin

Ce qu'il y a de bien dans les voyages aujourd'hui c'est que nous pouvons sauter les siècles, et même les millénaires en empruntant une machine à remonter le temps qui se nomme "Avion".

C'est donc dans une de ces machines jusqu'à Ankara, puis avec une voiture de location que nous avons pu faire cet année pareil voyage en Anatolie du Nord-Est. Cette fois encore en compagnie de nos fidèles amis et complices voyageurs Linda et Jacques.

Après une visite incontournable au très beau musée Ethnographique d'Ankara, nous sommes partis à la découverte des Hittites. Ce nom ne vous dit rien ? Pas étonnant. Car il n'y a guère qu'une soixantaine d'années que les archéologues s'y intéressent. Et pourtant, depuis leur capitale Hattousha ils régnèrent pendant presqu'un millénaire sur un empire qui contrôlait l'ensemble de la Turquie et de la Syrie actuelles, commerçant, correspondant ou guerroyant avec les egyptiens, les babyloniens et les Assyriens, rien que çà. C'est grâce aux milliers de tablettes en argile qui relatent leurs moindres faits et gestes que nous savons que non seulement ils possédaient l'écriture, mais qu'ils savaient aussi manier la métallurgie et qu'ils avaient des lois régissant leur vie publique et privée. Quant à la vie religieuse il n'y a jamais eu plus tolérants qu'eux qui aimaient à se faire appeler "le Royaume aux Mille Dieux. La grosse pierre verte sur la photo est un cadeau de Ramses II célébrant un enième traité de paix entre leurs deux pays. Leur capitale, dont il ne reste que les soubassements des édifices (car leurs superstructures étaient en briques de terre et bois) montre un sens certain de l'urbanisme avec des caniveaux pour l'écoulement des eaux de pluies et autres, et des rues pavées d'excellente qualité. Ils savaient aussi construire des souterrains pour traverser les murailles d'enceinte et prendre à revers leurs adversaires, d'énormes citernes pour stocker l'eau de pluie, et bien sûr des temples pour honorer leurs dieux. C'était il y a presque 4.000 ans avant J.C.

Et puis un jour des barbares, venus d'on ne sait où (les "Peuples de la Mer" d'après les chroniques égyptiennes)profitant des zizanies internes, balayèrent tout sur leur passage, et 5 siècles d'obscurantisme suivirent avant que d'autres peuples ne viennent s'installer en Anatolie et reprennent le cours de la civilisation. Grâce à la voiture, nous faisons un grand bond en avant cette fois, et ce sont les Seldjouks qui sont à l'honneur. Mais pas seulement eux. Il y a aussi les Neo-Hittites et les phrygiens, les Mèdes et les Perses, Alexandre le Grand, les Byzantins et même les mongols qui ont défilé à travers Tokat et Sivas, laissant des traces de leur passage un peu partout. Des caravansérails, des Medreses (écoles coraniques) des Mosquées, des ponts, des églises, des fontaines, des hôpitaux ... n'en jetez plus.

L'Anatolie est un vaste creuset inépuisable d'Histoire, de tragédies, de pouvoir et de guerres, de puissance et de gloire, autant en emporte le vent des hauts plateaux

La suite au prochain numéro ….

Görushürüz c’est à dire au revoir en turc

Seilmiye le 15 septembre 2011

Nous vous avions abandonnés aux confins del'Anatolie et du District de la Mer Noire.

Remontant vers le nord nous laissons Sivas avec sa pesante atmosphère religieuse et ses démélés avec les islamistes pour rejoindre Tokat, sa citadelle haut perchée, ses mosquées délicates, sa magnifique maison ottomane rénovée devenue musée ethnographique, sans oublier son fameux mouton aux aubergines dégusté dans un ancien han (sorte de caravansérail réduit) lui aussi bien rénové. De là nous remontons vers Amasya, étonnante ville coincée entre deux falaises et qu'une rivière coupe en deux. Le site est fort spectaculaire et la grande Histoire jamais bien loin. dans la falaise sud il y a des tombes creusées directement dans la roche et qui nous ramènent au royaume du Pont (Du nom de la Mer Noire appelée alors comme chacun sait le Pont Euxin) sous Mithridate II (280 avant JC). Strabon, le plus célèbre géographe de l'Antiquité y est né. Et c'est aussi là que Cesar aurait proféré ses mots célèbres : "Veni, Vidi, Vici" après avoir vaincu une ville voisine.

Après Rome vinrent les Byzantins, les Seldjouks, les Mongols .... et Amasya fut même la capitale d'une République Nationale d'Abazisthan ! Puis cette ville d'une importance capitale pour les Ottomans connut une nouvelle prospérité. C'était une base militaire importante et c'est là que se préparèrent au trône les héritiers des sultans. Témoignent en particulier et entre autres de cette prospérité tout ce quartier d'anciennes maisons en cours de restauration et ce superbe complexe islamique comprenant une très belle mosquée à l'intérieur élégant et au très délicat porche sculpté (XVème), une ancienne école coranique, un hôpital et une soupe populaire, le tout dans un joli jardin fleuri. Il y a aussi les restes du premier hôpital pour fous où l'on essayait de traiter la folie par le bruit de l'eau et de la musique. C'est maintenant un musée à la gloire d'un médecin qui faisait des expériences sur les animaux avant de les appliquer sur ses patients. Il était armé d'une kyrielle d'instruments barbares pour tout opérer depuis les dents jusqu'aux tumeurs les plus diverses. Très drôle .... pour nous.

Remontant vers le nord, nous atteignons Sinop et les rives de la Mer Noire. C'est le seul port qui soit face au sud car il est bâti à l'abri d'un promontoire et donc tourné vers le sud. Là le raki coule à flots, et l'atmosphère est très détendue.

Nous dirigeant vers l'ouest nous longeons la côte de la Mer Noire où la route hésite entre les montagnes russes et le grand huit. Les falaises sont abruptes et il n'y a d'autres abris pour les bateaux  que les ports des pêcheurs. Nous aurions bien aimé nous baigner à Inebolu (à mi-chemin) mais il y avait beaucoup de vent et la mer était très agitée. Nous avons préféré attendre les rives de la Méditerranée.

A Safranbolu nous retrouvons les maisons ottomanes et un étonnant site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO pour l'unité de son architecture, ses ruelles pavées et son air moyenâgeux. Nous y aurons la seule mauvaise surprise de notre périple dans un hôtel, fort joli au demeurant, mais très mal tenu et aux salles d'eau si minuscules qu'il fallait bien calculer son coup pour prendre sa douche car elle inondait tout… à moins que ce ne soit pour garder l’ancienne tradition locale de prendre son bain dans un placard ?

Puis ce fut le retour sur Ankara.

Ainsi s'achevait un périple de plus de 1.600 kilomètres qui nous a fait traverser des millénaires d'Histoire en compagnie de gens célèbres aux noms qui nous chatouillent la mémoire (mais bon sang ! Mais c'est bien sûr !). Dans cette Turquie toujours aussi étonnante par sa diversité, la gentillesse de ses habitants et la beauté unique de ses sites .

 

 

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